EXTRAIT DE
"LE ONZIEME MANUSCRIT"
Roman de Gérard Courtial

disponible en téléchargement.
© G.Courtial et Odyssée Editions. Reproduction même partielle strictement interdite.

PROLOGUE

Alexandrie, Année 707 de la Fondation de Rome

Les insurgés ont ouvert une brèche dans le mur sud du palais. Flavius et ses hommes s'y précipitent. D'autres légionnaires accourent en sens inverse. On réclame des archers au nord pour tenir les navires ennemis à distance. Certains se ruent dans une troisième direction. Les flèches sifflent. On trébuche sur le corps des morts ou des blessés. Un homme hurle. Il a une flèche dans le ventre. Depuis un quart d'heure, il hurle comme un cochon qu'on égorge.

Les insurgés. Flavius frappe. Son glaive s'abat. Se relève. Et s'abat encore. Un de ses hommes est éventré. Mais l'ennemi reflue. Le décurion Flavius peut s'accorder une minute pour retrouver son souffle. Du sang goutte à ses pieds. C'est le sien, une large plaie traverse son bras gauche de l'épaule au coude. Il a donc été blessé. Où? Quand? Déjà revoilà l'ennemi. Fracas de l'acier contre l'acier. Et toujours cet homme qui hurle.
Un soldat lance son lourd pilum sur l'un des assaillant. Celui ci se baisse. Le pilum le décoiffe au passage et s'écrase sur un mur épais.





De l'autre côté de ce mur, un large péripate, aux parois lambrissées de bois précieux, au plancher luisant comme un miroir, se prolonge à perte de vue, agrémenté de magnifiques statues, à intervalle régulier, et meublé, tout aussi régulièrement, de petites tables de travail, avec deux chaises chacune. Ses murs sont littéralement couverts de rouleaux de papyrus. Des milliers de rouleaux. Quatre cent quatre vingt dix mille rouleaux, qui pour la plupart contiennent non pas un mais deux ou trois livres recopiés à la suite l'un de l'autre. Un silence religieux règne dans le Musée d'Alexandrie, surtout dans cette partie du Musée, connue dans le monde entier comme la Grande Bibliothèque. L'atmosphère y est empreinte tout à la fois de luxe et d'austérité.

Sur une autre planète des hommes sont en train de se battre mais cela ne concerne pas ceux qui sont ici. Ceux ci sont des hommes à la barbe soigneusement frisée, âgés mais en bonne santé, impeccablement vêtus mais sans recherche ni ostentation, des hommes au geste lent et précis. Egyptiens, grecs, hébreux, perses, ils sont philosophes, érudits, poètes et polyglottes. Chacun d'entre eux est tout cela. Ils authentifient, ils regroupent, ils recopient, ils traduisent , ils annotent, ils commentent. Ils prennent leurs repas dans une salle voisine. On dit que tel d'entre eux ne connaît la couleur du ciel que pour ce qu'il en a lu.

La Grande Bibliothèque a été instituée dans l'intention avouée et presque réalisée de réunir " tous les livres de la Terre. " Depuis deux siècles des émissaires ont été envoyés dans tous les pays du monde pour acheter à prix d'or tous les ouvrages qu'ils peuvent trouver, quel qu'en soient la langue, le sujet, l'auteur. Bon nombre des rouleaux conservés en ce lieu constituent l'unique exemplaire au monde d'un ouvrage. Ou les deux seuls au monde, car à peine arrivés, tous les livres sont traduits en grec. Il faut ensuite les répertorier. Des sages, tel Callimaque, ont consacré leur vie à constituer des catalogues partiels, qui occupent eux même plusieurs rouleaux chacun. La Bibliothèque a même influé sur le cours de l'histoire. Il a fallu faire venir des hébreux pour traduire la Torah et découvrir à cette occasion la coexistence pacifique. A la suite de cette traduction, Ptolémée II a relâché plus de cent mille hébreux, pour cet étrange motif qu' on " ne pouvait pas les garder en prison maintenant qu'on avait traduit leurs livres ". Et les relations diplomatiques ont été renouées avec Jérusalem.





Heutérodon parcours le péripate du pas assuré de l'homme qui marche vers son but et pas ailleurs, mais qui a tout son temps pour y arriver. Une couche de tissu sous ses sandales rend ce pas plus inaudible que le passage d'un fantôme. Les premières rides cernent ses yeux perçants, mais ses longs cheveux sont toujours noirs et sa silhouette toujours droite. Ses pairs le saluent sur son passage d'un discret hochement de tête. Il est le plus considéré d'entre eux, le principal assistant du bibliothécaire et, nul n'en doute, celui qui lui succédera un jour. Le rang du bibliothécaire est le plus prestigieux, après celui du roi. Zénodote, Aristophane, Erastothène occupèrent ce poste. Aristote lui même a contribué à la fondation de la bibliothèque royale.

Heutérodon s'est arrêté devant un rayonnage et sans hésiter, sans consulter les étiquettes, il prend un des quatre cent quatre vingt dix mille rouleaux. Sans un regard pour vérifier qu'il a bien dans sa main ce qu'il est venu chercher, il fait demi tour et s'en revient. Les autres érudits mettent plusieurs heures, parfois toute une journée, à trouver un document. Quelqu'un qui ne serait pas " de la maison " en aurait bien pour toute une année.





Dehors, la bataille fait rage. Debout, tranquille, au milieu du tumulte, indifférent aux flèches qui sifflent autour de lui, un homme dresse sa haute silhouette. César médite. La forteresse royale est certes inexpugnable, il faut tout de même, avec 6000 combattants fatigués et démotivés résister à une armée forte de 24000 hommes et soutenue par une ville de 500000 âmes. " Quoiqu' assiégé, écrira Lucain, [César] se bat comme un assiégeant ". Pour l'heure ce qui le préoccupe, c'est l'usage que pourrait faire Achillas de la flotte de Ptolémée. Ce n'est pas avec quelques flèches tirées du haut des remparts qu'on pourra l'empêcher de s'en emparer quand bon lui semblera. Déjà deux ou trois navires participent à la bataille, étendant celle ci à tous les fronts, apportant au défenseurs, déjà débordé par ce à quoi ils font face, l'inquiétude de ce qui se passe dans leur dos. Toute la nuit et toute la matinée, un vent sauvage a soufflé par rafales, changeant de direction à tout instant comme un fauve acculé. Or, à présent il n' y a plus un souffle d'air. Jupiter lui même a approuvé la décision de César. La voix forte et autoritaire de l'empereur des romains se fait entendre.

_Que l'on mette le feu à des flambeaux enduits de poix et qu' on les jette sur les navires du port.
L'ordre est aussitôt relayé par plusieurs décurions. On s'affaire. Un tonneau de poix est apporté. Des dizaines de flambeaux y sont plongés. Les hommes les jettent du haut des remparts sur les bateaux. Les premières flammes courent le long des cordages et sur les voiles. Une par une, les 50 galères s'embrasent, bientôt imitées par les 22 trirèmes et les 38 bâtiments remisés dans les cales des arsenaux. Les remparts retentissent de cris de victoire. Oubliant un instant la rigueur des combats passés et à venir les hommes s'exaltent à ce spectacle grandiose. On rit. A cet instant le vent se réveille.





Alexandrie est réputée pour l'excellence de son architecture et particulièrement pour sa résistance au feu. Mais quand Jupiter a décrété qu'une ville brûlerait, la ville brûle.

En bas, c'est l'affolement. Les assiégeants se sont transformés en pompiers. On en oublie l' ennemi. César n'avait pas prévu cela, mais finalement il pourrait retourner cette circonstance à son avantage. Toute proche, l'île de Pharos dresse son célèbre phare, l'une des sept merveilles du monde. La flotte de Ptolémée détruite, elle constituerait à présent un refuge meilleur encore que les murs du palais. Profitant du court répit que lui offre l'adversaire, il décide de gagner l'île avec ces troupes.

_Le feu vient par ici, maintenant. - lui fait remarquer un dignitaire égyptien.
_Raison de plus.
_Mais nous ne pouvons pas abandonner la place à l'incendie.
_Cette forteresse! -s'étonne César. Elle ne risque rien. Depuis quand les pierres brûlent elles?
_Le palais lui même, non. Mais le musée? Il contient plus de bois qu'une forêt. Sans parler de tous les rouleaux de papyrus.

L'empereur s'agace. Ce patricien lui fait perdre son temps. Le feu n'arrivera jamais jusque là. Tout de même, il se ravise. Il fait signe au premier officier qui passe, un décurion blessé au bras gauche.
_Toi, là. Prends une vingtaine d'hommes et reste près du musée pour arrêter le feu, si il s'en approche. Vous partirez en dernier. Après, les insurgés prendront la relève, ça les occupera.

César n'a pas expliqué comment une vingtaine d'hommes arrêteront l'incendie. Flavius recrute pour la tâche qui lui a été confiée. Il choisit des blessés, puisqu'ils devront partir les derniers. Si ils n'en ont pas le temps, ils feront moins défaut. Son raisonnement est conforté par le fait qu'il ait été choisi lui, qui est blessé, pour mener cette opération.





Heutérodon n'a pas rêvé. On se dispute! Qui donc ose parler à voix haute en ces lieux?
Abandonnant sa traduction, il prend la direction d'où viennent les voix. Dans la grande salle, à l'entrée du musée, il trouve deux diaskeouastés aux prises avec un décurion et deux légionnaires, en guenilles puantes et couverts de plaies dont le sang dégouline sur le parquet luisant.
_Que se passe-t-il soldat?, lance-t-il à l'adresse du décurion.
Comprenant que son nouvel interlocuteur est plus important que les deux précédents, Flavius se tourne vers lui pour réitérer son injonction.
_Il faut évacuer le Musée.
Rien que ça.
_Soldat, votre guerre ne nous concerne pas. Nous avons du travail.
_Ce n'est pas à cause de la guerre, mon... heu... excellence, c'est à cause de l'incendie.
_Il y a le feu dans le palais?
_Non. Mais dans le port.
_Et alors? On ne va pas évacuer le Musée parcequ' une chaumière brûle.
_Mais... mais...
_Il suffit!
Heutérodon tourne le dos aux importuns et s'en retourne à son travail interrompu.



Dehors, des chaînes se sont formées, toute la ville lutte contre l'incendie. Celui ci, promené par le vent, après avoir parcouru le port, puis jeté une flammèche dédaigneuse sur la cité populaire, se rue maintenant sur le Palais abandonné. A l'intérieur, le décurion Flavius est pris au dépourvu. Personne n'y pensait plus, mais pour mieux assiéger la forteresse royale, Achillas, qui ne pouvait pas prévoir ce qui allait arriver, a fait couper les conduites d'eau.

Cette fois, ce ne sont plus des voix qu'entend Heutérodon mais des cris, des bruits de course et un autre son plus discret, mais encore plus inquiétant, semblable à celui d'un bon feu dans une cheminée. Il sort de sa chambre privée. Le péripate est empli de fumée, tout le monde se précipite vers la sortie.

La plupart des fuyards, bien qu' affolés, ont eu le réflexe de prendre dans leurs bras le plus de rouleaux possible. Si l'impensable se produisait une centaine de livres en réchapperait. Sur quatre cent quatre vingt dix mille. Et les quels? Ceux qui leur sont tombés sous la mai. N'importe les quels. Heutérodon connaît la Bibliothèque mieux que personne. Il sait quels sont les livres les plus précieux et où ils sont. A rebours du mouvement général, il s'enfonce dans le sens où la fumée se fait de plus en plus épaisse.




Il passe sans ralentir devant les oeuvres d'Aristote, devant la Thora qui a été si longue à traduire. Il sait qu'il en existe des copies dehors. Ses yeux pleurent. Il tousse. Il néglige des exemplaires uniques d'une valeur inestimable, un poète perse, un mathématicien indien qui dans un instant n'auront jamais existé. Il s'empare enfin d'un premier rouleau. Les techniques qu'il décrit pourraient changer la face du monde. Il en saisit un autre, oeuvre inconnue d'un auteur célèbre, il pourra quelque jour sauver des milliers de vie. Et un autre encore. Le contenu de celui ci est très dangereux, en de mauvaises mains il serait plus que nocif. Mais il a été codé, seul quelqu'un de très sage pourra le déchiffrer. Il s'arrête à nouveau et pour la première fois, il hésite. L'authenticité de celui ci n'est pas tout à fait certaine. A-t-il le droit, alors que tant de pièces inestimables et irréprochables vont disparaître? Oui mais, si il est bien authentique, c'est l'oeuvre littéraire la plus importante de tous les temps. Enfin il récupère un livre dont les révélations sont proprement impensables. Et un autre d'une spiritualité très élevée, fragment inédit d'une des oeuvres les plus précieuses de la Bibliothèque, dont il abandonne le reste au démon qui l'enfume. Il fait demi tour. Non qu'il recule devant le feu, dont il voit les premières flammes. Mais les rouleaux qui lui manquent sont dans l'autre allée. Il ne peut courir car il retient son souffle à cause de la fumée. D'une foulée aussi rapide que possible, il gagne la partie du bâtiment qui l'intéresse. Il est seul à présent, on n'entends plus que le feu. Il recueille encore un rouleau, qui sera sans prix pour les marins et les explorateurs, et un autre dont le contenu est abominable, mais justement il faudra qu'il reste une trace, un témoignage de l'indicible. Ses choix suivants paraissent plus discutables. Il happe au passage un ouvrage susceptible de satisfaire une avidité bassement matérielle, mais qui témoigne aussi d'un prodige bien au delà de la science de ses contemporains. Il y ajoute un livre étrange que certains jugeraient puéril, mais qui témoigne selon lui d'une forme d'art inédite et révolutionnaire. Il a encore le temps de s'emparer de deux oeuvres avant d'être contraint au demi tour et poursuivi par les flammes avides de récupérer les biens qu'on leur dérobe et celui qui les leur dérobe. De retour dans l'autre péripate, la situation est pire encore. Irrespirable, l'atmosphère est si chaude qu'elle lui brûle déjà la peau sans que les flammes ne le touchent. Pourtant, il ne se rue pas sur la sortie. Il ouvre une porte et pénètre dans une petite pièce ou l'air est déjà meilleur. C'est la chambre particulière du bibliothécaire. Il y a là une table, une chaise, une étagère couverte de rouleaux et par terre, dans un angle, un coffre en bois renforcé de lattes de fer. Ce coffre contient le seul livre de la Bibliothèque dont il ignore tout du contenu. Mais le bibliothécaire lui a dit un jour que c'était le plus précieux de tous. Il ignore ou se trouvait le bibliothécaire, lorsque le feu a pris mais, si il avait emporté le livre, il n 'aurait pas pris le temps de refermer le coffre. Empoignant la chaise à deux mains, il frappe le coffre a coups répétés d'un de ses pieds métalliques. Heureusement, le coffre n'est pas très solide. Il était plutôt symbolique. Le bibliothécaire n'a jamais sérieusement envisagé qu'un de ses collaborateurs où un des hôtes, triés sur le volet, de la bibliothèque pénétrerait dans cette pièce et entreprendrait de défoncer le coffre. Celui ci cède. Heutérodon s'empare de l'inestimable rouleau. Il y a un autre objet à l'intérieur. D'abord, il va le laisser et puis il se ravise. Si c'était avec le rouleau, ce doit être tout aussi précieux. C'est un curieux parallélépipède d'une matière proche du papyrus et qui semble constitué de feuilles superposées. Il n'a pas le loisir de regarder cette chose mystérieuse de plus près. Il ouvre la fenêtre, il n'en avait pas encore pris le temps. Dehors, une poignée de légionnaires courent vers le bâtiment en portant de lourdes amphores ou repartent en sens inverse. On dirait des mouches déterminées à arrêter un cheval au galop. Il reconnaît le décurion de tout à l'heure qui dirige les opérations. Il ouvre la bouche, croyant l'appeler, mais aucun son n'en sort. Il tousse. Il essaye à nouveau. Sa voix est fluette et suraiguë. Tout le monde crie et s'agite, aucune chance qu'on l'entende. Il ramasse un morceau de bois du coffre éventré, revient à la fenêtre et , glissant son bras entre deux barreaux lance le débris aux pieds du décurion. Celui ci tourne la tête et le voit. Sa bouche bée, ses yeux s'écarquillent. Il accourt.


_Qu'est ce que vous faites encore là, malheureux? On ne pourra jamais vous en sortir! Heutérodon n'a pas le temps d'écouter ce qu'il sait déjà. A travers les barreaux, il lâche les onze rouleaux et l'objet inconnu dans les bras du soldat ébahi. Il se retourne pour constater que le feu a déjà pénétré dans la pièce.

_Par ici, vous autres. - crie Flavius à ses hommes.
Ceux ci accourent avec leurs amphores. A travers la fenêtre ils en jettent le contenu, eau les unes, vin les autres, sur les flammes qui atteignent déjà le malheureux Heutérodon. Mais ils ne font que prolonger son agonie. Bientôt toutes leurs amphores sont vides et ils assistent impuissants à un spectacle que ceux qui survivront à ce jour ne pourront jamais oublier.




C'est alors qu'arrive la population d'Alexandrie, mêlée aux hommes d'Achillas. Les nouveaux venus n'ont pas l'air spécialement heureux de trouver la bibliothèque en flammes et un groupe de romains dont le chef a les bras chargés de rouleaux. Les présumés pillards et incendiaires sont coursés par une foule déchaînée. Blessés et épuisés la plupart sont immédiatement rattrapés, lapidés, étripés, réduits en lambeaux de chair méconnaissables. Pendant qu'on s'acharne ainsi sur eux, les autres peuvent s'enfuir. Mais jusqu'où iront ils?




Flavius, lui, se cache dans un bosquet du Jardin royal. Il attendra la nuit pour se risquer dehors. On ne le cherche pas. La foule, revenue à la raison, s'occupe de l'incendie. Celui ci est bientôt éteint, non pas vaincu mais rassasié. Il a dévoré la bibliothèque et les murs de pierre du Musée ne l'intéressent pas.

L'ennemi étant désormais sur Pharos, le Palais n'a plus d'intérêt dans l'immédiat. Achillas ne laisse que quelques hommes pour décourager voleurs professionnels ou larrons de l'occasion de venir visiter les lieux durant leur inoccupation provisoire. La nuit venue, Flavius devrait pouvoir les éviter et se glisser dehors. Normalement, ensuite il n'aurait plus qu' à tenter d'atteindre une jetée sans rencontrer personne. Il doit y avoir, à présent, plus d'ennemis à l'entrée du pont que de fourmis dans une fourmilière, mais il n'aurait qu'à rejoindre Pharos à la nage. Normalement. Seulement voila. Il y a les rouleaux. Il ne pourra pas les emporter. Sans être un érudit, il sait que le papyrus n'aime pas l'eau. Il ne peut pas les abandonner dans la nature, il connaît leur valeur. Il ne peut les confier à personne. Si il se montre, il sera ,au mieux, fait prisonnier. De toute façon, on n'abandonne pas un bien à l'ennemi, même si ce bien lui appartient et lui reviendra probablement, une fois la querelle de succession dans la famille Ptolémée réglée d'une façon ou de l'autre. Ces maudits rouleaux l'enchaînent. Dire que chacun d'entre eux représente plusieurs siècles de la solde d'un décurion. Plus que ça, même, car celui qui a payé si cher pour les sauver ne les a certainement pas choisi au hasard. Flavius commence à entrevoir le problème sous un nouvel angle. Après tout, pour qui est il en train de perdre son sang? Pour les beaux yeux de cette Cléopatre, qui n'a rien à voir avec la grandeur de Rome. D'ailleurs, si l'on y pense...




A l'aube, sur Pharos, un centurion informe César des faits survenus durant la nuit.
_...Par ailleurs, deux légionnaires sont arrivés à la nage. Ils faisaient partie du petit détachement que vous aviez laissé au musée. Ils ont dit que la bibliothèque a brûlé. Leurs compagnons ont été massacrés par les égyptiens. Ils pensaient que le décurion qui les commandait en avait réchappé, mais on est sans nouvelles de lui.
_Et je ne pense pas qu'on en entendra plus parler. Décidément, ça a été une bien dure journée.


extrait de "LE ONZIEME MANUSCRIT" © G.Courtial. Reproduction même partielle strictement interdite.